Edmond Xhabia et Frédéric Eberhardt travaillent tous deux à l’ambassade de France en Albanie et nous expliquent les challenges de la pratique du vélo à Tirana.

 

1) Pourquoi avez-vous choisi de venir au travail à vélo ? Est-ce votre unique moyen de transport ?

Frédéric : Utiliser sa voiture dans Tirana est un enfer : bouchons, conduite erratique, absence de stationnement. La configuration de la ville se prête à la pratique du vélo, même si le développement de ce moyen de transport est lent pour l’instant.

Edmond : Je ne viens pas régulièrement au travail à vélo, parce que j’habite assez près de l’ambassade, mais je l’utilise chaque jour pendant la pause déjeuner pour faire des courses et pendant le weekend. Le vélo n’est pas mon seul moyen de transport.

 

2)  Quand avez-vous commencé à vous déplacer à vélo ?

Frédéric : Dès mon arrivée à Tirana en septembre 2018.

Edmond : En général, dès l’âge de 6 ans. A Tirana, depuis 1993. Depuis je l’utilise régulièrement.

 

3) Que pensez-vous de la circulation à vélo à Tirana?

Frédéric : Les quelques voies cyclables qui viennent d’être créées sont malheureusement difficiles à utiliser, et une conduite vigilante est indispensable pour éviter les accidents. Ainsi, les piétons les affectionnent, marchant souvent en groupe, et occupant la voie dans toute sa largeur… sans parler des motos, ou des voitures qui s’y garent lorsque c’est possible. Circuler sur les grands axes entre les voitures ne pose pas de problème, les automobilistes albanais sont plutôt prévenants malgré leur mauvaise réputation. Mais l’avantage du vélo à Tirana, c’est de pouvoir emprunter facilement les petites rues en sens unique… et y compris en sens contraire, ou bien encore sur les trottoirs, comme les cyclistes locaux…

Edmond : La circulation à Tirana est difficile, voire dangereuse pour les cyclistes. La mairie a fait récemment beaucoup d’efforts pour construire des pistes cyclables, mais en prenant les postes de parking des voitures, ou sur les trottoirs. Cela fait que les pistes sont encombrées régulièrement par des voitures qui stationnent n’importe comment et par les piétons. Sans parler du smog dû aux voitures ne respectant pas les normes d’émission de CO².

 

4) Comment voyez-vous l’avenir pour l’éco-mobilité à Tirana et plus globalement en Albanie ?

Frédéric : Les transports en commun sont mauvais, et il paraît compliqué pour les autorités de la ville d’envisager un vrai plan de développement urbain incluant un réseau de transports efficace, qui permettrait aux gens de modifier leurs habitudes en terme de déplacement. Un changement profond des mentalités est nécessaire avant toute chose.

Edmond : En 20 ans, l’éco-mobilité à Tirana a évolué de manière exponentielle, mais elle reste encore insignifiante par rapport aux autres capitales européennes, d’autant plus que les distances ne sont pas extrêmes et favorisent un déplacement rapide à vélo. A part Shkodër, où l’utilisation du vélo est une tradition ancienne et une pratique très courante, dans le reste du pays on utilise peu, voire pas du tout, le vélo. Je pense que d’ici 10 ans, le vélo prendra sa « revanche » sur les voitures, à condition que l’on résolve un grave problème : le vol des vélos.