Robert est "Chef de cabinet adjoint" à l'Ambassade de France à Berlin. Il est allemand - et berlinois, et il aura d'ailleurs la double nationalité franco-allemande à partir de la semaine prochaine ! Il se rend régulièrement à l'Ambassade à vélo et partage avec nous son expérience de cycliste dans la capitale allemande.

1)            Pourquoi avez-vous choisi de venir au travail à vélo ? Est-ce votre unique moyen de transport ?

Les 10km que je fais pour venir au travail à vélo sont devenus mes 40 minutes de sport, un plaisir auquel je me consacre plusieurs fois par semaine. Cela me permet de me réveiller, ou de me libérer la tête le soir en rentrant chez moi. Après avoir garé mon vélo au garage de l’Ambassade parmi les dizaines de vélos des collègues, des douches sont à notre disposition afin de commencer la journée de travail en toute fraîcheur. C’est un aspect important pour moi, surtout pendant la période estivale, parce que j’aime rouler vite, lorsque cela est possible et il est donc très pratique pour moi de pouvoir prendre une douche en arrivant. De plus, parce que le vélo est devenu pour moi un moyen de transport aussi important que le métro ou les autres modes de transport berlinois, venir au travail à vélo n’est pas une activité de loisirs comparable à un petit tour à vélo sympa en fin de semaine.

Je dispose toutefois d’un abonnement pour les transports en commun à Berlin que j’utilise par mauvais temps.

 

2)            Depuis quand vous déplacez-vous à vélo ?

Depuis deux ans, je prends régulièrement le vélo pour venir au travail. Au début, je craignais d’abandonner mes bonnes résolutions au bout de quelques jours. Puis, j’y ai pris goût. Cela me permet d’échapper aux perturbations du métro, parfois imprévisibles, et de ne pas être coincé comme dans une boîte à sardines, pendant les heures de pointe.

 

3)            Que pensez-vous de la circulation à vélo à Berlin ? Quels sont les points positifs et négatifs selon vous ?

Les tristes statistiques des cyclistes accidentés à Berlin sont inquiétantes : une dizaine de morts tous les ans.  Ayant ces chiffres en tête dès que je me mets en selle, je suis aussi vigilant que possible : plusieurs fois par jour, je vois d’autres cyclistes qui écoutent de la musique en pédalant, ou des automobilistes qui me coupent le chemin en tournant à droite, sans tourner la tête. Et puis, je constate une pollution énorme de l’air, due aux gaz d’échappement le long des grands axes de circulation. Malgré ces difficultés, le vélo est une vraie alternative car je suis aussi rapide que les voitures qui sont prises dans des embouteillages. De surcroit, je n’aggrave pas la pollution. Berlin qui est une ville très vaste et très verte propose déjà beaucoup de pistes cyclables. Et pourtant, je pense qu’il faudrait en installer davantage, surtout sur les grands axes, vers la périphérie. Cela inciterait plus de personnes à emprunter ce moyen de transport propre pour se déplacer.

 

4)            Comment voyez-vous l’avenir pour l’éco-mobilité à Berlin ?

En 2018, la Chambre des députés du Land de Berlin a adopté la loi de mobilité. Ainsi, Berlin est le premier des Länder allemands qui s’est doté d’une loi pour rendre la mobilité plus efficace, plus sûre et plus écologique. L’initiative ayant mené à l’adoption de cette loi a été lancée par des associations locales et nationales. La pétition qu’elles avaient lancée en 2016 a rassemblé plus de 100.000 signatures en moins de quatre semaines en faveur d’une ville donnant la priorité au vélo et aux moyens de transport autres que la voiture.

A mon avis, le grand défi est de mieux rattacher les quartiers périphériques au centre-ville. Berlin est une ville avec une superficie énorme ; elle est huit fois plus grande que Paris intramuros. Pour que les déplacements à vélo soient non seulement plus attractifs et plus sûrs, mais aussi plus efficaces, il faudrait encore faire beaucoup d’efforts. Il existe plusieurs projets pour créer des véritables « véloroutes » avec peu de feux ou carrefours à traverser. Dans mon quartier, à Pankow, dans le nord de Berlin, le Sénat de Berlin est en train de mener une étude pour identifier les meilleurs itinéraires. Pourtant, les travaux pour toutes ces « véloroutes » ne commenceront pas avant 2022. Entretemps, les tensions entre cyclistes et automobilistes persistent, car l’espace sur la route est limité. Et même si on voit certaines choses changer, la plupart des rues restent dominées par les voitures. Mais, le lobby des cyclistes à Berlin est très fort, ce qui peut être un avantage pour initier un changement de paradigme parmi les citoyens et les décideurs politiques.

 

Photo : © Ambassade de France en Allemagne