Mikael Griffon

Pourquoi venir en vélo au bureau ?

Je viens à vélo pour éviter l’encombrement du métro parisien, les pannes et autres désagréments nombreux qui le caractérisent tout en faisant de l’exercice physique et en contribuant à limiter nos émissions de CO2. Je me sens libre sur mon vélo. Je ne suis dépendant que de moi-même sans polluer et sans générer de bouchons.

Ton parcours vélo pour rejoindre mon bureau est-il facilité par le plan vélo de la ville de Paris ?

Il ne l’est que très marginalement. Je prends tous les jours le boulevard Malesherbes dont la pseudo piste cyclable, peinte sur la chaussée, a été quasiment effacée et n’est guère respectée. Les livreurs , scooters, motos et même la police transgressent la piste, les uns pour y circuler, les autres pour s’en servir comme parking. Sur le pont de la Concorde que j’emprunte quotidiennement, il y a une piste cyclable (peinte, là-aussi) que les scooters et motos utilisent impunément sous les yeux d’agents de la police nationale qui ne font strictement rien pour les en empêcher.

Mon sentiment est que la préfecture de police ne collabore aucunement comme elle le devrait à la politique de la municipalité en matière d’aménagement des voies de circulation cyclables.

Le summum de ce que j’ai pu voir en la matière, c’est la piste cyclable protégée installée en contre-sens de l’avenue Franklin Roosevelt, entre l’église Saint Philippe du Roule et le rond-point des Champs Elysées : j’ai vu des deux-roues motorisés l’empruntant en sens interdit et arrivant en face de moi sur mon vélo. Je me suis mis en travers de la piste pour les obliger à se réinsérer dans le flot de la circulation pendant que des passants me filmaient en train de me faire insulter par les contrevenants. C’est lamentable de devoir en arriver là par inaction des services censés faire appliquer le code de la route. Cette expérience m’a tellement marqué que je ne passe plus par cet endroit car je n’ai pas envie d’être quotidiennement en situation de devoir combattre pour faire respecter mes droits. J’ignore si la situation s’est améliorée. Je l’espère sans trop y croire.

Autre expérience : la dernière journée dite « sans voitures », à laquelle je me suis rendu. Elle m’est apparue comme un parfait anti-modèle en matière de non-coopération de la police à un événement favorisant les modes de circulation douce. De ce que j’ai pu apercevoir, les agents de la municipalité semblaient totalement débordés par des automobilistes agressifs qui voulaient passer malgré les restrictions de circulation et ne recevaient aucun concours de la police nationale, pourtant présente sur les lieux. Quand je vois la place faite au vélo en Allemagne, en Belgique (région flamande), en Finlande, aux Pays-Bas, en Suède – pour ne parler que de pays où je me suis rendu - je trouve que la prise en compte de la mobilité urbaine à vélo à Paris et plus généralement en France est indigne d’un pays moderne, développé et attentif à l’environnement. C’est moins catastrophique mais très inégal dans nos grandes métropoles régionales. De celles que je connais bien, l’exception heureuse qui tranche est la ville de Strasbourg. Cela soulève une vraie question : pourquoi est-il tellement plus difficile en France qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas de mettre en place une politique protectrice pour l’environnement, économiquement accessible à tous et bonne pour la santé qui a fait ses preuves ailleurs ? Pourquoi ce qui a été fait comme une exception en France - à Strasbourg - ne peut pas être réalisé dans toutes les autres grandes villes de notre pays ?

As-tu, lors de tes différentes affectations à l’étranger, pu utiliser ton vélo pour te rendre à l’Ambassade ?

Mon précédent poste était à Bagdad, cela n'était pas possible du fait du confinement des agents. Quant à mes séjours antérieurs, je les ai faits 1/ à Genève, où j’habitais à 25 km dans le Canton de Vaud en raison du coût très important du logement et où la mission permanente se trouve en haut d’une colline éloignée de la gare. J’aurais pu essayer le train et le vélo électrique 2/ à Bruxelles, où je travaillais au siège de l’OTAN à la périphérie de la ville dans un quartier desservi par des voies rapides, et où la politique en faveur de la circulation des vélos était très limitée à l’époque. Cela y serait sans doute possible aujourd’hui.

Est-ce que le Ministère facilite l’usage du vélo ? Quelles améliorations possibles ?

C’est une bonne mesure que d’avoir réinstallé des emplacements à vélo à l’intérieur de l’enceinte du Quai d’Orsay et cette action est aussi à mettre au crédit de l’association. En revanche, une très importante marge de progression demeure, notamment sur le chantier de l’indemnité kilométrique vélo. Comment est-ce possible qu’une telle mesure ne puisse être mise en place au sein du service diplomatique du pays qui a porté la COP 21 et l’accord de Paris ? Si on veut vraiment agir pour l’environnement et le climat, il faut des actions simples et concrètes qui changent le quotidien des gens. Un autre détail : les agents de sécurité privée du site de Convention, qui vous interdisent l’accès du parking à vélo souterrain sous prétexte qu’il faudrait une autorisation spéciale alors même que vous avez votre badge du ministère. De quoi cherche-t-on exactement à se protéger en imposant une telle restriction ?