On associe rarement pratique du vélo et Russie, et notamment Moscou. La capitale russe n’est certes ni Amsterdam, ni Berlin ni encore Copenhague même si elle possède un atout de taille : son absence de relief. Elle a subi toutefois une métamorphose au cours des dix dernières années qui l’ont amenée à tracer de nombreuses pistes cyclables dans ses parcs mais aussi le long de certaines de ses avenues.

Son urbanisation reste largement marquée par son passé soviétique et ses « deux fois sept voies » restent nombreuses en plein centre-ville. Dans la masse des voitures souvent prises dans des embouteillages monstres, le cycliste qui se faufile tant bien que mal reste encore largement un ORNI (objet roulant non identifié), suscitant plus de curiosité que de coups de klaxons.

Il peut de même sans trop de difficultés rouler sur les larges trottoirs sans encourir les reproches des piétons, habitués à s’écarter devant les voitures qui y roulent encore en toute impunité. En revanche, traverser les passages piétonniers sans descendre de selle peut vous coûter la vie car l’automobiliste de mauvaise foi qui forcera le passage se prévaudra du fait que vous n’êtes pas un piéton et donc qu’il ne vous doit pas la priorité.

Mais le pli est pris. Alors que les discours officiels font grand cas du « pivot de la Russie vers l’Asie », c’est encore vers les capitales occidentales que les urbanistes moscovites vont chercher de l’inspiration. Quand les cyclistes deviennent une espèce en voie de disparition à Pékin, les expérimentations françaises (Grand Paris, Grand Moscou, même combat ?) en matière de transport urbain sont étudiées de près.

Le Vélib a ainsi fait des émules mais à la russe : au lieu d’un seul système de mise à disposition de bicyclettes, c’est chaque banque moscovite ou presque qui a mis sur pied son propre réseau, incompatible avec celui du concurrent. (Lire l'article de France Info sur Moscou lance ses Vélib; lien vers  le site Vélib parisiens).

L’objectif a aussi un arrière-plan politique. Moscou et sa région sont en gros habitées par un Russe sur dix, soit près de 14 millions d’habitants. C’est là que les grandes manifestations démocratiques de l’hiver 2011-2012 ont eu lieu, après un scrutin parlementaire falsifié. La transformation de Moscou, à coup de milliards de roubles, a donc aussi pour objectif de séduire les classes moyennes « créatives », massivement descendues dans les rues. D’où la création de nombreuses rues piétonnières et autres quartiers branchés pour séduire le bobo moscovite, avec un résultat plutôt réussi : Moscou devient une ville à vivre.

Et le vélo dans tout cela ? La création de pistes cyclables participe également de ce mouvement d’européanisation de Moscou. Un journaliste estimait d’ailleurs un jour qu’il suffisait qu’un Russe descende de son quatre-quatre et monte sur la selle d’un vélo pour se transformer… en Européen.

La pratique du vélo gagne du terrain et l’auteur de ces lignes - comme plusieurs collègues cyclistes téméraires de notre ambassade à Moscou - peuvent en témoigner. Elle reste toutefois un défi :

  • l’hiver, il faut tout d’abord affronter le froid (recommandations pratiques : cagoule + bonnet, gants + moufles, collants + pantalons de ski) et surtout les tonnes de produits chimiques (en russe, « reaguent ») déversées sur les chaussées pour éviter que celles-ci ne gèlent même par moins vingt en-dessous de zéro. Ces produits chimiques puissamment corrosifs rongent chaussures, pneus et carrosseries (forçant même les propriétaires d’animaux domestiques à botter leurs chiens de bottines spécifiques). Dans la neige, le cycliste se fait rare. Les Vélib sont d’ailleurs retirés de la circulation aux premiers flocons tombés.
  • dès le printemps (compter fin avril – mi-mai), la situation devient tout autre et le vélo comme partout devient un fantastique moyen de découvrir Moscou. Des « Véloparades » sont organisées deux fois par an le week-end sur le boulevard périphérique bloqué à cette fin (nous restons en Russie, les participants doivent passer avec leur vélo sous un portique de détecteur de métaux comme pour toute autre manifestation normale). L’ambassade en son temps s’était jointe en masse et sur deux roues à l’une d’entre elles pour assurer la promotion de la Cop 21.
  • l’été, les fortes chaleurs tendent à faire fondre le macadam mais le vrai défi pour les cyclistes reste d’éviter les jets des gigantesques aspergeuses municipales qui roulent quatre par quatre tambour battant le long des grands axes et arrosent les chaussées pour y coller la poussière et faire descendre la température. Le cycliste inattentif sera douché.

En toute saison pour aller loin, notez qu’il n’existe aucune modularité entre les modes de transport et qu’il reste hélas impossible de prendre le métro avec son vélo, l’interdiction édictée arbitrairement par un agent peu amène du métro prévalant sur toutes les instructions pouvant être données par la mairie.

Pour résumer, comme à Paris, le vélo reste le moyen le plus fiable pour arriver à l’heure à ses rendez-vous (y compris pour une démarche au sacro-saint MID). C’est peut-être encore le meilleur moyen de compliquer d’éventuelles filatures par nos amis anges gardiens. Contrairement à Paris, les vélos font rarement l’objet d’actes de vandalisme.

Un conseil si vous allez à Moscou : profiter des mois printaniers pour découvrir la capitale russe en pédalant doucement dans ses parcs (Gorki, non loin de l’ambassade, équipé d’aires de réparation des pneus en cas de crevaison, et sa demi-douzaine de kilomètres cyclables le long de la Moskova) ou sous les remparts du Kremlin, et profitez des pistes cyclables le long des avenues rénovées (boulevard des Fleurs, Piatnitskaya, Miastnitskaya et tant d’autres).

Attention : la place Rouge reste interdite aux cyclistes…

 

Nicolas de Lacoste (Moscou, 2012-2016)

 faire du vélo sur la Place Rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : Muriel de Lacoste