L’association Diplomacycles, qui participe tous les mois aux réunions du « Comité vélo » organisé par la mairie de Paris, a été sollicitée comme les autres associations sur l’épineuse question de la cohabitation des cyclistes et piétons dans l’espace public parisien. Après avoir interrogé nos adhérents (c’était avant le mouvement de grève des transports), nous avons fait parvenir à la Mairie les observations et suggestions suivantes.

Un besoin de respect mutuel entre les différentes mobilités

Trop de cyclistes ne respectent pas ou peu le Code de la route, souvent au détriment des piétons, parfois au détriment d’autres cyclistes. Les piétons étant les usagers de l’espace public les plus vulnérables, toute mesure visant à les protéger aura évidemment notre soutien. Même si la question était circonscrite à la relation cyclistes-piétons, le manque de respect mutuel s’étend selon nous à toutes les mobilités dans l’espace public. En ce sens, il est important de souligner que le principal danger pour les piétons provient des véhicules les plus lourds et les plus rapides. Un adhérent nous a soumis cet article sur le sujet, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Nous saluons toutes les dispositions mises en place pour atténuer ce danger (dos d’ânes, zones 30, verbalisations) et la réduction in fine de l’espace réservé à ces types de mobilité « agressive ».

Encourager ce respect sur divers supports

Nous insistons sur le fait de ne pas exacerber un antagonisme piétons/cyclistes, qui serait contre-productif et même injuste au regard du faible niveau de dangerosité des vélos à l’encontre des piétons. Il ne faudrait donc pas mettre en place une signalisation à l’attention des cyclistes quand bien même ils doivent respecter le Code de la route et de facto les piétons. Nous préconisons une communication ludique, avec des messages positifs encourageant au respect. Cette signalisation pourrait s’intégrer dans une communication plus globale visant à favorisant le respect entre les différentes mobilités s’entrecroisant dans l’espace public. Dans cet esprit d’appel à la bienveillance, voici les propositions de supports de communication :

· Des panneaux de couleur chaleureuse pourraient être implantés devant les passages cloutés ou aux intersections,

· Des feux clignotants aux intersections les plus problématiques,

· Un rappel aux piétons, via des vidéos sur les réseaux sociaux par exemple, de bien regarder à gauche et à droite au moment de traverser la chaussée même sur les voies à sens unique car présence de contre-sens cyclables.

· Une vidéo appelant au respect mutuel sur la voie publique diffusée sur les réseaux sociaux. Enfin, nous ne sommes pas opposés à la verbalisation si elle est généralisée à tous les véhicules. Comme rappelé plus haut, les véhicules motorisés sont les plus dangereux pour les piétons, il serait  très utile et efficace d’appliquer une verbalisation sur le délit quasi systématique du refus de priorité aux passages piétons. En vertu du décret n°2018-975, cette infraction est punie d’une contravention de 4e classe : 90 € d’amende et retrait de 6 points de permis. Que les cyclistes respectent la priorité aux passages piétons sur les pistes cyclables n’est pas à discuter ; en revanche concernant les passages cloutés sur les voies partagées avec les véhicules motorisés, beaucoup d’adhérents nous ont fait savoir qu’ils avaient souvent peur de se faire emboutir s’ils s’arrêtaient devant un passage piétons. Enfin, une campagne au long cours dans les établissements scolaires portant sur le respect de tous dans ses déplacements dans l’espace public et sur la pratique du vélo en ville a également été plébiscitée par nos adhérents.

Améliorer les infrastructures existantes

Plusieurs voies bidirectionnelles présentent des points à améliorer : rue Saint Antoine :  l’accès à cette voie non goudronnée est périlleux, les cyclistes s’y engagent de façon quelque peu anarchique ; rue de Turbigo, il y a une confusion entre les feux prévus pour les voitures et les cyclistes, si bien que les uns et les autres s’y perdent ; le bd Sébastopol est à sens unique pour les voitures mais bidirectionnel pour les vélos. Dans le sens contraire des voitures, les feux manquent souvent, ce qui génère une incompréhension sur la priorité ou non pour les cyclistes.  Les débuts et fins de ces voies ainsi que la signalétique posent de réelles difficultés à tous nos adhérents les empruntant.

Mieux expliquer les contre-sens cyclistes

Les sens-contraires sont également un dispositif à parfaire car ils sont souvent peu sécurisants. Sur de nombreuses voies les véhicules arrivant en face vont vite, ralentissent peu et semblent souvent surpris ou énervés de voir arriver un cycliste à contre-sens. Les marquages au sol indiquant la possibilité aux cyclistes de rouler à contre-sens sont souvent peu visibles ou effacés. Un panneau à l’entrée de ces rues indiquant aux automobilistes que des vélos peuvent arriver à contre-sens serait utile. En règle générale, ce qui refroidit certains collègues à se déplacer à vélo, c’est le sentiment d’insécurité sur la chaussée. Certes, des infrastructures bien délimitées sont essentielles pour rassurer les cyclistes mais il faut faire un effort sur la signalisation, bien entretenir les marquages aux sols, les sas vélo et des panneaux rappelant aux automobilistes et motards qu’ils partagent la chaussée avec des cyclistes Diffuser à cet effet des messages d’appel à la prudence et la bienveillance serait une bonne chose.

L’association Diplomacycles sur une pente ascendante

Nous venons de clore notre AG et sommes fiers de cette année riche de succès. Premier élément de satisfaction, nous comptons près de 100 adhérents. De plus, Diplomacycles est désormais un interlocuteur écouté par notre administration. Nous avons obtenu l’installation d’un parking à vélo au sein du Quai d’Orsay et, suite à cela, le nombre d’agents cyclistes n’a fait qu’augmenter. Cette tendance confirme l’importance de disposer de places de stationnement sécurisées pour les vélos. Le Tour des Ambassades, lors de la journée sans voiture du 22 septembre dernier, a été une réussite ; nous avons comptabilisé plus de 200 participants, issus d’une trentaine de délégations étrangères.

Par ailleurs, nous poursuivons nos discussions avec d’autres administrations publiques et cela porte ses fruits. Nous avons aidé des collaborateurs parlementaires à constituer une association à l’Assemblée nationale (HémiCycles), et nous discutons avec des cyclistes du MTES et des Affaires sociales afin qu’ils suivent le même chemin. Notre ambition est de créer un réseau Publicycles, collectif à même de défendre nos intérêts communs auprès des pouvoirs publics. Notre objectif est notamment de rendre le dispositif du « forfait mobilité » obligatoire aux administrations publiques. Nous sommes persuadés - des études le prouvent -, qu’indemniser les déplacements domicile-travail à vélo est un puissant levier d’incitation à la pratique régulière de la bicyclette./.